Biographie

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Jean Le Moal (1909-2007) est reconnu comme l’un des représentants majeurs de la génération des peintres non-figuratifs qui, opérant la synthèse des libérations survenues dans les champs de la couleur, depuis Van Gogh et Gauguin jusqu’au Fauvisme, et de la forme, de Cézanne au Cubisme et à l’abstraction, s’affirme dès le début des années 1940 au milieu de la « Nouvelle École de Paris ».

 

Né à Authon-du-Perche (Eure-et-Loir) où avait été nommé son père, ingénieur des Travaux Publics, Jean Le Moal passe pendant la Guerre deux années à Saint-Pierreville (Ardèche) auprès de sa mère qui meurt en 1919 puis séjourne longuement chez son grand-père paternel à Brest. Interne en 1923 au lycée d’Annecy, il dessine et réalise des bas-reliefs en plâtre, des sculptures en terre ainsi que des médailles. En 1926 il entre à l’École des Beaux-Arts de Lyon dans la section Architecture intérieure et peint en 1928 ses premières toiles sur le motif.

 

Installé à Paris en 1929, Jean Le Moal copie au Louvre, où il se lie d’amitié avec Alfred Manessier, des peintures de Rembrandt, Chardin, Renoir et Cézanne. Il dessine des nus dans des Académies de Montparnasse et de Montmartre mais se détourne dès 1934 du souci réaliste. S’inscrivant à l’Académie Ranson dans l’atelier de fresque de Roger Bissière, il travaille également dans celui de sculpture dirigé par Charles Malfray. Il y rencontre Étienne-Martin et François Stahly ainsi que Jean Bertholle, familier de l’Académie. Ils participent ensemble aux expositions du groupe « Témoignage », animé par Marcel Michaud, à Lyon en 1936 puis à Paris en 1938 et 1939. Dans des gammes de couleurs intenses la peinture de Le Moal conjugue alors la volonté cubiste de construction et le besoin surréaliste de toucher au mystère des choses.

 

En 1937 Jean Le Moal travaille à la décoration du Pavillon des Chemins de fer (Félix Aublet, Bissière et Robert Delaunay) de l’Exposition internationale de Paris, avec Bertholle et Manessier, puis à plusieurs peintures murales, notamment avec Jean Bazaine. Il collabore en 1939 avec Bertholle et Zelman à la création et à l’installation d’un plafond de 1400 m2 pour un Pavillon français de l’Exposition universelle de New York. La même année il crée ses premiers décors et costumes pour le Théâtre des Quatre Saisons (Jean Dasté, André Barsacq et Maurice Jacquemont) dont il accompagne comme régisseur la tournée en Bourgogne.

 

Après la démobilisation, Jean Le Moal rejoint Jacquemont qui anime à Lyon un nouveau Théâtre des Quatre-Saisons pour la Zone libre et pendant deux ans réalise à nouveau décors et costumes. Il participe en 1941 à l’exposition des Vingt jeunes peintres de tradition française organisée par Bazaine, première manifestation sous l’Occupation de la peinture d’avant-garde malgré les condamnations de « l’art dégénéré » par les Nazis, puis en 1943 à celle des Douze peintres d’aujourd’hui présentée par la Galerie de France et violemment dénoncée par la presse de la Collaboration. Fuyant le Service du Travail Obligatoire, il séjourne en Ardèche et en Bretagne, où il dessine et peint des paysages qui le mettent sur la voie de la non-figuration.

 

Rentré à Paris Jean Le Moal épouse en 1944 Juana Muller, sculpteur d’origine chilienne. Il est en 1945 membre fondateur du Salon de Mai et expose en 1946 avec Manessier et Singier à la Galerie Drouin. Architecturées, dans l’émergence d’une écriture commune, par le graphisme des barques, coques, mâts ou cordages, des ports du Morbihan, et la trame des branchages des arbres, ses peintures se libèrent de toute allusion. En 1948 Le Moal s’engage dans une série de gravures qu’il poursuit durant trois ans. Il séjourne en 1951 à Alba-la-Romaine chez le peintre chilien Eudaldo qui l’accueille régulièrement durant l’été après la mort de Juana Muller en 1952. Dans la décennie suivante il y installe un atelier qui lui permet de travailler sur des œuvres de grandes dimensions.

 

À partir de 1955 Jean Le Moal réalise pendant quatre ans décors et costumes pour la Comédie de Saint-Étienne de Dasté et crée en 1956 un premier vitrail à Rennes puis d’autres à Brest, Audincourt, au Pouldu (avec Manessier), plus tard dans le Doubs à Vercel et Besançon. En 1958 il a l’occasion de redécouvrir les paysages de la Haute-Ardèche de son enfance. Au contact du monde des rochers, des sources et des racines, il renonce au dessin linéaire « qui cerne les choses » pour peindre « par l’intérieur de la forme ». Après avoir exposé en 1959 à la Galerie de France, il rejoint la Galerie Roque où il côtoie Bertholle et Elvire Jan avec qui il conçoit en 1962 les vitraux de l’église de Saint-Servan-sur-Oust dans le Morbihan.

 

Autour de 1960 sa peinture, en une nouvelle étape, recrée au milieu des houles de bleus, verts et violets, comme les fibres de l’univers marin. De premières rétrospectives de son œuvre sont présentées en 1961 en Italie et en Allemagne, en 1963 à Metz et au Luxembourg. En 1965 Jean Le Moal accompagne au Chili et au Pérou une exposition de peintres français. Les visions de « terres brûlées » qu’il en rapporte retentissent en archipels et ruissellements de couleurs incandescentes sur les monumentales symphonies lumineuses qui sont présentées dans les rétrospectives organisées en 1970 et 1971 dans les musées français puis, de nouveau à la Galerie de France, en 1974.

 

Désirant chaque fois susciter par l’animation de la lumière « un climat, de prière pour ceux qui désirent prier, de repos, de silence et de gravité pour ceux qui ne prient pas », Jean Le Moal développe de 1968 à 1990 son activité dans le domaine du vitrail, réalisant de vastes verrières pour les cathédrales de Saint-Malo (autour de 360 m2) de Nantes (près de 500 m2) et de Saint-Dié-des-Vosges. Simultanément se cristallise en contrepoint sa création complémentaire de « peintures-objets », panneaux de petits formats qui, en ne se limitant pas à la traditionnelle destination murale, ouvrent au regard une dimension inédite de proximité. Une exposition leur est consacrée en 1982 et ils sont présents dans la nouvelle série de rétrospectives de l’œuvre de Le Moal organisée au début des années 1990.

Biography

 

Jean Le Moal (1909-2007) is acknowledged as one of the most prominent members of the generation of non-figurative painters who came to the fore in the early 1940s with the New Paris School. Their work achieved a synthesis that blended freedom in colour, coming from Van Gogh and Gauguin right through to Fauvism, and freedom in form, from Cézanne, Cubism and on to abstraction.

 

Jean Le Moal was born in Authon-du-Perche, in the Eure-et-Loir department, where his father worked as a civil engineer. During the Great War, he spent two years at Saint-Pierreville in Ardèche with his mother, who died in 1919. He then stayed for some time with his paternal grandfather in Brest. In 1923, he became a boarder at the lycée in Annecy, where he began to draw, work low relief in plaster, as well as making clay sculptures and medallions. In 1926, he registered as a student of interior architecture at the Beaux-Arts school in Lyon. In 1928, he painted his first canvases from nature.

 

In 1929 Jean Le Moal went to Paris to live, frequenting the Louvre to copy Rembrandt, Chardin, Renoir and Cézanne. It was here that he met and became friendly with Alfred Manessier. He drew live models at the Académies in Montparnasse and Montmartre, but 1934 signalled a new departure when he turned away from any concern for realism. He enrolled at the Académie Ranson in Roger Bissière’s fresco painting atelier, also working in the sculpture atelier under Charles Malfray. Here he met Étienne-Martin and François Stahly, as well as Jean Bertholle, well-known in the Académie. They all took part in exhibitions of the ‘Témoignage’ group led by Marcel Michaud – at Lyon in 1936, then in Paris in 1938 and 1939. Using an intense colour range, Le Moal’s painting at the time blended the resolutely constructivist side of cubism with a surrealist need to reach the mystery of things.

 

For the Paris International Exposition in 1937, under the direction of Félix Aublet, Roger Bissière and Robert Delaunay, Jean Le Moal worked on the decoration of the French railways pavilion with Bertholle and Manessier. He then realised a number of wall paintings with Jean Bazaine in particular. In 1939 he worked with Bertholle and Zelman creating and installing a 1400 m2 ceiling painting for the French pavilion at the New York World’s Fair. The same year also saw him creating his first stage sets and costumes for the Théâtre des Quatre Saisons theatre company founded by Jean Dasté, André Barsacq and Maurice Jacquemont. When the company toured Burgundy he went along as stage manager.

 

After demobilisation, Jean Le Moal went to Lyon to join Jacquemont who intended to start up a new Théâtre des Quatre-Saisons for the free zone. He worked there for around two years, once again creating the stage sets and costumes. In 1941 he took part in an exhibition set up by Jean Bazaine titled Vingt jeunes peintres de tradition française (Twenty young painters from the French tradition), the first show of avant-garde painting to take place during the Occupation despite the Nazis’ condemnation of “degenerate art”. Then in 1943 he showed at the Galerie de France in an exhibition titled Douze peintres d’aujourd’hui (Twelve painters from today) which was the object of violent censure on the part of the collaborationist press. In order to escape the ‘Service du Travail Obligatoire’ (Compulsory Work Service) and the enlistment and deportation that went with it, he fled to Ardèche and Brittany. There he drew and painted the landscapes that set him on a path towards non-figurative art.

 

On returning to Paris in 1944, Jean Le Moal married Juana Muller, a sculptor from Chile. In 1945 he was a founder member of the Salon de Mai, and in 1946 he exhibited with Manessier and Singier at the Galerie Drouin. His work at this time was architecturally structured by a new language of graphics derived from the forms of the boats he saw in the harbours of Morbihan, their hulls, masts and rigging, and also the outlines of branches and trees: it was a language which freed his paintings of all allusiveness. In 1948 Le Moal embarked on a series of engravings that took him three years to accomplish. In 1951 he stayed at Alba-la-Romaine with Chilean painter Eudaldo who frequently took him in as a summer guest after Juana Muller died in 1952. Over the following decade he set up a workshop there in order to paint large-format canvases.

 

From 1955 over a four-year period, Jean Le Moal created stage sets and costumes for Dasté’s Comédie, a theatre in Saint-Étienne, then in 1956 he made his first stained glass window for Rennes followed by others at Brest, Audincourt, Le Pouldu (with Manessier), and later at Vercel and Besançon in the Doubs region. In 1958 the opportunity arose for him to revisit Haute-Ardèche and the landscapes of his childhood. Reconnecting with a natural world of rocks, springs and roots led him to renounce linearity, “which encloses things”, and to paint “from inside the form”. In 1959 he showed at the Galerie de France, and then at the Galerie Roque where he was friendly with Bertholle and Elvire Jan. It was with these two artists that he created the stained glass windows for the church at Saint-Servan-sur-Oust in Morbihan in 1962.

 

Moving into the 1960s, his painting developed further: swirls of blues, greens and purples seemed to recreate the fabric of a marine world. Retrospectives of his work began in Italy and Germany in 1961, and then in Metz and Luxembourg in 1963. In 1965, Jean Le Moal accompanied an exhibition of French painters to Chile and Peru. When he returned, the vision of ‘burnt lands’ that he brought back resonated in archipelagos and streams of incandescent colour. These made up the monumental symphonies of light shown in museum retrospectives in 1970 and 1971 around France, and then again in 1974 at the Galerie de France.

 

From 1968 to 1990, Jean Le Moal created immense stained glass windows for the cathedrals of Saint-Malo (approximately 360 m2), Nantes (nearly 500 m2) and Saint-Dié-des-Vosges. His constant endeavour was to bring light alive in order to create “an atmosphere of prayer for those who wish to pray and of restfulness, quiet and solemnity for those who do not pray”. At the same time, in counterpoint, he increased his production of ‘painting objects’: these small-format panels were not solely destined to hang on a wall, but opened a new dimension through proximity with the beholder. An exhibition of these pieces took place in 1982, and they were presented in a further series of retrospectives for Jean Le Moal’s work in the early 1990s.

Jean Le Moal et sa sœur Simone, Lampaul-Plouarzel, Bretagne, 1930 ca.
Jean Le Moal et sa sœur Simone, Lampaul-Plouarzel, Bretagne, 1930 ca.
Alfred Manessier et Jean Le Moal à Paris, au 117 rue Notre-Dame-des-Champs, où chacun disposait d’un atelier en location. Février 1935.
D.R. / Archives Manessier.
Alfred Manessier et Jean Le Moal à Paris, au 117 rue Notre-Dame-des-Champs, où chacun disposait d’un atelier en location. Février 1935. D.R. / Archives Manessier.
Jean Le Moal et Étienne-Martin, atelier rue Le Verrier, Paris, juillet 1936.
Jean Le Moal et Étienne-Martin, atelier rue Le Verrier, Paris, juillet 1936.
Étienne-Martin, Jean-Bertholle et son fils Jean-Marie, Jean Le Moal et Alfred Manessier dans le premier atelier de Le Moal, rue Le Verrier à Paris, 1936.
D.R. / Archives Manessier
Étienne-Martin, Jean-Bertholle et son fils Jean-Marie, Jean Le Moal et Alfred Manessier dans le premier atelier de Le Moal, rue Le Verrier à Paris, 1936. D.R. / Archives Manessier
Le jour du mariage de Jean Le Moal et de Juana Muller dans l’atelier d’Alfred Manessier, 203 rue de Vaugirard. De gauche à droite : Alfred Manessier, Juana Muller, Jean Le Moal, Simone Le Moal, Thérèse Manessier et Jean-Baptiste Manessier. Paris, 6 mai 1944.
Le jour du mariage de Jean Le Moal et de Juana Muller dans l’atelier d’Alfred Manessier, 203 rue de Vaugirard. De gauche à droite : Alfred Manessier, Juana Muller, Jean Le Moal, Simone Le Moal, Thérèse Manessier et Jean-Baptiste Manessier. Paris, 6 mai 1944.
Eudaldo, Consuelo Araoz, Elvire Jan et Jean Le Moal, Saint-Thomé, vers 1960.
Eudaldo, Consuelo Araoz, Elvire Jan et Jean Le Moal, Saint-Thomé, vers 1960.
Zao Wou Ki, Suzanne Curtil, Elvire Jan, Blanche Manessier et Alfred Manessier, Émancé, vers 1965.
Zao Wou Ki, Suzanne Curtil, Elvire Jan, Blanche Manessier et Alfred Manessier, Émancé, vers 1965.
L'atelier rue Jean Le Verrier, Paris, vers 1970.
L'atelier rue Jean Le Verrier, Paris, vers 1970.
Jean Le Moal et André Guéguan, Alba, vers 1970.
Jean Le Moal et André Guéguan, Alba, vers 1970.
Jean Le Moal à la fenêtre de son atelier, Alba, vers 1980.
Jean Le Moal à la fenêtre de son atelier, Alba, vers 1980.
Jean Le Moal et Jean Bertholle, appartement de Jean Bertholle, Paris, vers 1983.
Jean Le Moal et Jean Bertholle, appartement de Jean Bertholle, Paris, vers 1983.
Jean Le Moal, Ardèche, 1985.
Jean Le Moal, Ardèche, 1985.
Jean Le Moal et Alfred Manessier, inauguration des vitraux de la cathédrale Saint-Dié de Saint-Dié-des-Vosges, 1987.
Jean Le Moal et Alfred Manessier, inauguration des vitraux de la cathédrale Saint-Dié de Saint-Dié-des-Vosges, 1987.